Dans un contexte de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique, l’impact énergétique des bâtiments est un enjeu majeur pour les territoires. Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est un outil essentiel permettant d’évaluer la consommation d’énergie et l’impact environnemental des logements. Il permet d’étudier l’ensemble du parc immobilier et sert de référence pour orienter les politiques publiques d’efficacité énergétique, de rénovation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Ce rapport statistique comparare les DPE réalisés dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Ces deux territoires de la région Auvergne-Rhône-Alpes présentent de nombreuses similitudes (reliefs montagneux, fortes activités saisonnières, beaucoup de résidences secondaires) mais aussi de fortes différences en termes de type de bâtiment, de densité urbaine, de PIB par habitant et de conditions climatiques locales. Ces facteurs peuvent influencer directement la performance énergétique des logements et la répartition des classes DPE.
On peut donc se poser la question de savoir dans quelle mesure la performance énergétique des logements diffère-t-elle entre la Savoie et la Haute-Savoie, et quels facteurs (climatiques, structurels ou socio-économiques) peuvent expliquer ces écarts observés dans les DPE ?
Le diagnostic de performance énergétique est aujourd’hui un indicateur clé dans un logement, que ce soit pour la vente ou location, ou même pour les contrats énergétiques avec les différents fournisseurs d’énergie. Le climat et le territoire jouent beaucoup sur cet indicateur, mais le logement en lui même rest le principal facteur de la bonne ou mauvaise note. Pour obtenir un DPE de bonne qualité,cela se traduit en général par une bonne isolation du logement, par les murs et les fenêtres, mais aussi par un mode de chauffage récent et bien entretenu.
Si on se penche sur nos 2 départements, on peut constater que le territoire géographique va largement influencer les logements dans leur construction et leur conception, avec des choix de matériaux et de chauffage particulier. Ainsi, beaucoup de maison notamment sont en pierre ou en bois car ce sont des matériaux très présents et très travaillés dans la région. Mais c’est aussi pour leur résistance aux intempéries et au climat de la région qu’ils sont majoritairement choisis, et souvent accompagné d’un chauffage au bois pour les maisons.
Pour les villes, les immeubles et autres logements sont plus classiques avec des matériaux plus modernes et des modes de chauffage plus divers avec du gaz ou encore de l’électrique. Cela donne donc un paysage particulier à ces 2 départements qui se partage entre villes modernes et campagnes plus traditionnelles en termes d’habitations.
Si on regarde cela du côté des notes DPE, on peut observer plusieurs choses. Tout d’abord, les notations pour l’ensemble des 2 départements sont plutôt réparties sur les lettres C,D et E comme nous pouvons le voir sur le graphique suivant. Le graphique nous montre donc les logements selon leur classe DPE mais aussi comment sont ils répartis par surface habitable. Cela nous donne donc une double analyse à faire sur ces notes.
En effet, si on prend le cas des notes A et B, les boîtes du graphique sont sur des surfaces entre 25 et 125 m² et avec très peu de valeurs extrêmes. Ces surfaces correspondent majoritairement à des appartement qui sont donc plus petits et souvent construits avec des matériaux plus récents. Mais cela peut aussi être le cas de petites maisons récentes qui sont de plus en plus nombreuses en France. En revanche, pour les notes C,D,E,F et G, les valeurs extrêmes au dessus de 200 m², c’est à dire les logements avec de plus grandes surfaces sont beaucoup plus nombreux, ce qui peut s’expliquer par les maisons qui sont plus anciennes que les appartements ou encore par le fait que de plus grandes surfaces sont plus dures à bien isolées.
Maintenant, si l’on regarde d’un point de vue plus local, on observe que pour la Savoie, les note de DPE sont moins bonne en général que celle de la Haute-Savoie. Les plus grandes différences sont sur la moyenne des boîtes du graphique, qui sont nettement plus basse pour celle de la Savoie avec des surfaces moyennes plus basses et un nombre de valeurs extrêmes plus grand, surtout sur la note E. Pour la Haute-Savoie, les moyennes des boîtes sont plus élevées et le nombre de valeurs extrêmes est plus constant, ceci étant lié à un parc immobilier plus récent, mieux rénové, et à des revenus plus élevés permettant davantage de travaux d’efficacité énergétique.
Le DPE n’est pas uniquement un indicateur sur les performances d’isolation ou de chauffage, mais aussi sur le taux d’émission de gaz à effet de serre. En effet, on peut donc croiser les deux informations sur un nuage de points pour étudier les correspondances entre les notes de DPE et les scores en termes d’émissions de gaz à effet de serre.
Si on étudie de plus près ce graphique, on peut voir que les notes des DPE et émissions de gaz à effet de serre sont très souvent corrélées. Il y a une tendance mineure qui s’observe par le dessin de cet alignement de points qui correspondent les uns aux autres entre les notes de DPE et d’émissions. Mais cependant, cette tendance n’est pas pour la totalité des cas. On remarque que les note des émissions sont en général plus élevées que celles des DPE, ce qui nous fait une concentration de logements plus forte vers le bas du graphique, notaement pour le croisement des DPE en D et E avec la note GES (Gaz à Effet de Serre) B.
Maintenant, si on regarde la comparaison des 2 départements, on peut voir que pour la Savoie, le schéma reste quasiment le même que lorsque les 2 départements sont combiné, alors que pour son voisin la Haute-Savoie, on observe que le phénomène de correspondance (c’est à dire un DPE en A pour un GES en A) est beaucoup plus présent, ce qui montre une meilleure régularité pour les logements qui n’ont pas des écarts entre le DPE et la production de gaz à effet de serre.
Enfin, on peut aussi remarquer que les notes ne sont pas disperçées de partout sur le graphique, avec notaement pour les logements avec un DPE en A qui ne sont uniquement que des logements avec un GES en A, ou encore les logements avec un DPE en G qui n’ont pas un GES supérieur à C. Cela a du sens car un bâtiment neuf et bien conçu ne va généralement pas produire énormément de gaz à effet de serre et à l’inverse un logement énergivore va produire plus de ces gaz.
L’analyse des diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements en Savoie et en Haute-Savoie met en évidence plusieurs différences importantes sur la structure et la performance énergétique du parc immobilier de ces deux départements alpins.
Tout d’abord, la typologie des logements influence fortement les résultats observés. Les appartements, plus nombreux et de surface généralement plus petite, présentent globalement de meilleures performances énergétiques que les maisons, plus grandes et souvent plus anciennes. Cette différence structurelle s’explique à la fois par la période de construction, la qualité de l’isolation, les matériaux de construction et le type de chauffage utilisé, les logements collectifs récents bénéficiant d’une meilleure efficacité thermique.
Ensuite, la comparaison entre les deux territoires révèle que la Haute-Savoie dispose d’un parc immobilier légèrement plus performant que celui de la Savoie. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart : une proportion plus importante de constructions récentes, des revenus moyens plus élevés favorisant les travaux de rénovation énergétique, ainsi qu’une dynamique économique soutenue liée à la proximité de la Suisse. À l’inverse, la Savoie présente encore un nombre significatif de logements anciens, parfois peu rénovés, notamment dans les zones rurales et montagneuses.
Sur le plan environnemental, la corrélation entre les classes DPE et GES confirme que les logements les plus économes en énergie sont aussi ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre. Cette relation souligne l’importance des politiques publiques visant à encourager la rénovation thermique et la modernisation des systèmes de chauffage, leviers essentiels pour réduire l’empreinte carbone du secteur résidentiel.
En conclusion, ce rapport met en lumière la nécessité d’une politique énergétique différenciée et adaptée aux réalités locales. Si la Haute-Savoie semble déjà engagée dans une dynamique de modernisation, la Savoie dispose d’un fort potentiel d’amélioration, notamment à travers la rénovation du parc ancien. L’ensemble de ces analyses illustre l’intérêt du DPE comme outil d’évaluation, de pilotage et de suivi des politiques territoriales en matière de transition énergétique.